Les avis d'une libraire-lectrice

J'ai la prétention de dire que je lis, en moyenne, 4 romans par semaine. A travers ce blog, vous pourrez vérifier si je n'exagère pas car je vais y mettre tout ce que je lis : romans, albums jeunesse, BD,... Dévoré, apprécié ou vite abandonné, chaque livre fera l'objet d'un petit commentaire.

jeudi 18 août 2011

L'irrésistible course du temps, R.Frydman et M.Flis-Trèves, PUF


La question du temps qui s'accélère est une question qui me taraude depuis un moment. Certainement aggravée à la sortie du livre de Hartmut Rosa, Accélération, à la Découverte. Persuadée que je ne suis pas capable de lire un tel ouvrage, j'ai préféré emporter, pour mes vacances, celui dont je vous fais le commentaire ici.
Bien mal m'en a pris : même si je n'aurais probablement pas tout compris à l'essai de Rosa, j'aurais certainement appris plus de choses qu'en lisant celui-ci. Essentiellement psychanalytique, L'irrésistible course du temps n'a pratiquement répondu à aucune de mes questions sur cette accélération.
Dès que j'en ai le courage, j'attaque donc le Rosa !

Assommons les pauvres !, S.Sinha, L'Olivier


Pas d'ordinateur pendant les vacances, pas moyen donc de poster mes commentaires au fur et à mesure de mes lectures. Je vais tenter de me souvenir et de vous transmettre au mieux un commentaire pour chacun...
Ecrit en français par une femme d'origine indienne, ce roman raconte avec des mots durs, subtils et maîtrisés la violence, la souffrance,...la vie des demandeurs d'asile.
La narratrice, elle-même exilée, sert de traductrice aux membres de son peuple qui sont venus en France dans l'espoir d'une vie meilleure. Jusqu'à péter un plomb !
Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre mais je ne regrette pas de l'avoir lu : il est salutaire d'avoir parfois ce genre de lectures.

lundi 15 août 2011

Héritage, A.Shevchenko, First


“Héritage” est le premier roman traduit de l’anglais d’une auteure ukrainienne.
Taras Pétrenko travaille aux archives staliniennes des services secrets moscovites. Il découvre le dossier d’une enquête ouverte en 1748 auquel il manque les trois derniers feuillets. Taras mettra toute son énergie à les retrouver pour éviter un bouleversement en Europe de l’est.
Kate, qui travaille pour un cabinet d’avocats à Londres, fait la connaissance d’Andreï, ukrainien de Lvov, qui dit posséder trois feuillets qui concernent le dépôt du trésor cosaque de l’Hetman Poloubokto dans les coffres de la banque d’Angleterre. Les conditions légales à respecter et les clauses du testament sont nombreuses. Qui pourra toucher ce fabuleux pactole… s’il existe vraiment ? Un héritier, descendant de Pavlo Poloubokto, l’état ukrainien… ? De plus, une malédiction semble s’abattre sur tous ceux qui partent à la recherche de ce testament.
Les nombreux chapitres courts et les va-et-vient dans le temps et l’espace rend ce roman brillamment construit réellement palpitant.
Commentaire de la libraire : hasard de l'édition, deux romans intitulés Héritage sortent cet automne. Celui-ci présenté par Léo et l'autre, précédemment présenté par moi et lu (pendant nos vacances) et approuvé par Fabien. A vous de choisir ! Ou, encore mieux : de lire les deux...

La révolte, Hunger Games T3, S.Collins, Pocket jeunesse


Le district 12 n’existe plus : il a été rasé ou presque. Les survivants se sont retranchés dans le district 13 qui n’existe plus que sous terre, dans un labyrinthe d’étages, de couloirs, de salles, de locaux, de chambres … où la vie est extrêmement bien organisée.
Katniss, la rebelle, le geai moqueur, accepte d’être le symbole de la révolte des districts contre le Capitole et le président Snow. Si Katniss parvient à rallier les autres districts et si la rébellion réussit, peut-être pourront-ils installer alors une république démocratique à l’ancienne. Ce troisième volet ne ternit en rien le plaisir du lecteur des deux premiers tomes. Katniss, l’héroïne, est plus mûre, plus réfléchie, plus adulte et le récit est dans la même veine que les précédents. On reste attaché à son style, à son esprit et à son genre mi-SF, mi-fantasy. J’ai vraiment passé un très bon moment fictionnel.

Nos cheveux blanchiront avec vos yeux, T.Vinau, Alma


C’est un premier et court roman (une centaine de pages) de l’auteur poète Thomas Vinau.
Le récit comporte deux parties : « Le dehors du dedans » et « Le dedans du dehors ». Si la première partie est une espèce de « road trip (script ?) » romanesque cadencé par de courts paragraphes titrés, aux phrases courtes scandées, et qui répond au « Quand on aime, il faut partir » de Blaise Cendrars ; la seconde tient plus du journal intime aux phrases plus douces et murmurées qui, elles, répondent à « Quand on aime, il faut rester ».
Si j’ai beaucoup aimé la 1ère partie, j’ai manqué m’assoupir lors de la seconde. J’ai par contre bien aimé l’autoportrait de l’auteur quand il dit : « Ecrire, c’est se taire (Yourcenar) […] Ne pas avoir peur de se taire. Ne pas redouter le silence. Dans des grands gestes de mots et de phrases. Ne pas rajouter du bruit au bruit. Ecrire dans la lucidité d’un murmure. ».
Finalement, ce roman a été un entracte plaisant parmi les briques de la rentrée littéraire.

Elvire et Jérémy, P. de Vilno, Héloïse d'Ormesson


Elvire aime plutôt les femmes ; Jeremy, c’est plutôt les hommes. Elle est étudiante en 3ème cycle en Droit, lui est thésard et prof dans la même fac. Ils n’ont rien en commun, mais Eros est-il passé par là ou la passion l’emporte-t-elle sur la raison ? Entre Elvire et Jeremy, c’est la fusion tantôt passionnelle et tantôt destructrice : ils se retrouvent, ils se quittent, hésitants à former un couple traditionnel et routinier ou à retourner à leurs liaisons furtives gays.
Les scènes érotiques annoncées par la 4ème sont rares et très pudiques. Tout le plaisir réside dans l’écriture fine et recherchée qui exprime sentiments, émotions, questions sur l’amour libéré des « deux mille huitards ». Agréable à lire.

La femme et l'ours, P.Jaenada, Grasset


Jaenada ou l’art des parenthèses : d’abord dans le texte où l’auteur use et abuse des parenthèses et souvent même de doubles parenthèses ; ensuite dans l’intrigue mince entrecoupée de destins qui ont une relation ou une vague relation avec le récit et qui agissent comme des parenthèses dans un épisode de la vie de Bix Sabaniego, écrivain sans beaucoup de succès. Bix quitte femme et fils, un soir de dispute banale et tombe peu à peu dans une espèce de déchéance. Roman de la rentrée littéraire pas vraiment optimiste, aux personnages losers et alcoolos qui ont le don de tomber (c’est le cas de le dire) dans des situations peu plausibles ; mais ce qui sauve néanmoins le lecteur de l’ennui, c’est le ton débonnaire du narrateur et le style un peu original de l’ensemble. Ni vraiment passionnant, ni vraiment lassant , c’est juste un roman qui se laisse lire !
Roman non pas noir mais gris comme le ciel de l'été.