Les avis d'une libraire-lectrice

J'ai la prétention de dire que je lis, en moyenne, 4 romans par semaine. A travers ce blog, vous pourrez vérifier si je n'exagère pas car je vais y mettre tout ce que je lis : romans, albums jeunesse, BD,... Dévoré, apprécié ou vite abandonné, chaque livre fera l'objet d'un petit commentaire.

jeudi 12 janvier 2017

L'enfant qui mesurait le monde, M.Arditi, Grasset

Le petit Yannis a 11 ans et est autiste. Il mesure les choses : les clients du bistrot, ceux qui sont en terrasse et ceux à l’intérieur ; l’ordre de rentrée des bateaux de pêche et le poids des poissons attrapés. Il compare les chiffres de la veille avec ceux d’aujourd’hui et des autres jours : il calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, est séparée de son mari et l’élève seule. Eliot, un architecte retraité venu sur l’île pour l’enterrement de sa fille morte dans un accident stupide, va y rester pour continuer les recherches que sa fille a entreprises. Attendri par Yannis, il propose à Maraki de s’en occuper quand elle part chaque jour à la pêche à la palancre. Dans cette petite île de la mer Egée touchée par la crise, Arditi nous offre un récit émouvant plein de tendresse et d’amitié. Très très beau roman qui fait réfléchir sur les priorités et le sens de la vie.

La jeune épouse, A.Baricco, Gallimard

Italie, début XXème S. Les Maîtres : le Père, la Mère, l’Oncle, la Fille et le Fils de 21 ans parti en Angleterre : famille à la vie ritualisée sous l’œil attentif de Modesto, le majordome. Arrive la Jeune Epouse de 18 ans, celle qui vient d’Argentine et qui doit épouser le fils absent. Tout est particulier chez Baricco : les personnages, l’atmosphère, le récit, le(s) narrateur(s) et surtout le style surprenant. Même s’il y a quelquefois des digressions superfétatoires, qui doivent parfois se clore par 4 fermetures de parenthèses, on est porté par une langue parfaite.  La Jeune Epouse est un roman plein de sensualité plus que de libertinage qui nous plonge dans une espèce de conte philosophique et de traité d’écriture. Ce fut une très agréable et plaisante lecture.

Le pacte du petit juge, M.Gangemi, Seuil

C’est la 2ème enquête du « petit juge », Alberto Lenzi, bon vivant et coureur de jupons. D’un côté, il y a la révolte des journaliers noirs surexploités par les propriétaires des orangeraies et des oliveraies de cette région calabraise ; de l’autre, la disparition inexpliquée d’une cargaison de cocaïne dans le port. Le petit juge devra, une fois de plus, évoluer dans le milieu de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Dans une traduction très agréable, on savoure le style libre, léger, imagé et pittoresque de Gangemi : ses comparaisons, ses métaphores, les paraboles de Don Mico et les dialogues savoureux. Plaisir de lire et en attente de la suite.

Aller simple pour Nomad Island, J.Incardona, Seuil

Iris, épouse d’un banquier suisse et mère de deux enfants, s’ennuie ferme dans sa luxueuse villa au bord du lac Léman. Elle cherche sur Internet des sites de clubs de vacances quand un message apparaît sur l’écran : « L’île de vos rêves vous aime déjà, Iris… ! » Et c’est parti pour 7 jours dans cette île paradisiaque de l’océan indien. Un paradis vraiment ? Et si la tentation pour Paul, le mari, et son fils était celle de vouloir s’en échapper ? « Il est où le bonheur ? » et c’est quoi le bonheur ? On plonge avec plaisir, et parfois malaises, dans cette satire sociale !

Le port secret, M.Oruna, Actes Sud

Oliver Gordon quitte ses amis et son cher Londres pour rejoindre un village côtier de Cantabrie (nord de l’Espagne). Il est en train de rénover l’imposante maison familiale qu’il a hérité de sa mère espagnole. Mais, à peine arrivé sur place, les ouvriers découvrent dans les fondations le cadavre d’un bébé à demi momifié accompagné d’une amulette aztèque. Ensuite, se succèdent l’assassinat d’un vieil homme et d’un médecin paisible. Le lieutenant Valentina Redondo aux yeux vairons et son équipe se chargent de l’enquête, persuadés que ces événements ont un lien, mais lequel ? L’auteure utilise une intrigue en alternance : d’un côté, l’enquête elle-même et de l’autre un journal anonyme qui raconte le passé de la vieille maison et des faits qui remontent au temps de la guerre civile. Le style est franchement agréable et les personnages « intéressants » mais l’intrigue n’est pas spécialement palpitante ! Un bon moment !

Au commencement du septième jour, L.Lang, Stock

Thomas a 37 ans, marié à Camille. Ils ont deux enfants : Elsa et Anton. Ils sont informaticiens tous les deux et sont sur de gros projets. Camille doit revenir le week-end pour fêter leur anniversaire de mariage. Au milieu de la nuit, un coup de téléphone : Camille a eu un accident, elle est dans le coma. Thomas ne comprend pas : que faisait-elle sur cette route au milieu de la nuit ? Commence alors pour Thomas une quête : se retrouver, retrouver son frère dans les Pyrénées natales ; y fusionner avec la nature sauvage. Et puis, retrouver sa sœur Pauline, exilée volontaire dans la jungle camerounaise. Arrivera-t-il à se réconcilier avec lui-même ? Roman long et difficile fait de cogitations, de souvenirs, d’anecdotes, de descriptions, d’introspections, de questions… Je suis finalement arrivé au bout en me disant que j’ai dû passer à côté de quelque chose parce que je ne suis jamais vraiment rentré dans ce roman. Dubitatif !

mercredi 11 janvier 2017

Le dernier des nôtres, A. de Clermont-Tonnerre, Grasset

Manhattan, années 70, Werner Zilch, jeune entrepreneur, tombe follement amoureux de Rebecca. Elle sera sa LFDMV (la femme de ma vie). Dresde 1945, c’est le bombardement : une femme accouche d’un bébé, malgré ses blessures. Il sera recueilli par Marthe, la belle-sœur.
Le roman est donc construit en alternance : deux moments, deux endroits mais qui devront nécessairement se retrouver. Des personnages forts tout comme leurs sentiments : amour passion, haine, amitié, vengeance… un style libre, un ton tantôt léger et tantôt grave, une intrigue mêlée de tragédie, une narration bien rythmée… tout ce qui fait qu’on prend beaucoup plaisir à lire ce roman.