Les avis d'une libraire-lectrice

J'ai la prétention de dire que je lis, en moyenne, 4 romans par semaine. A travers ce blog, vous pourrez vérifier si je n'exagère pas car je vais y mettre tout ce que je lis : romans, albums jeunesse, BD,... Dévoré, apprécié ou vite abandonné, chaque livre fera l'objet d'un petit commentaire.

samedi 22 mai 2010

Un père pour mes rêves, A.Duff, Actes Sud


« OK, papa, prêt. Regarde », pense Yank, enfant maori, alors qu’il va plonger dans la rivière pour exister aux yeux d’un père qu’il n’a jamais vu et qu’il croit mort…
Le livre déroule ses deux parties depuis cette phrase à cette autre, que Yank entendra à l’âge adulte : « Si tu n’as pas de mes nouvelles, sache que mon amour pour toi est fort de trois siècles. »
La première partie, solaire malgré la solitude, la souffrance et les cruautés de la vie, se déploie parmi les Maoris dans un des endroits les plus remarquables au monde, Waiwera, situé sur un terrain creusé de bains chauds d’où s’échappent des fumeroles. Le village dit de la belle Lena qu’elle est une putain parce qu’elle a vécu deux semaines d’amour fou avec Jess, soldat américain, pendant que son mari, Henry, faisait la guerre en Europe. Le premier repart à la guerre, le second en revient, et commence pour Lena et Yank, car il est le fils de Jess, une vie de brimades et de détresse. Deux fois privé de père, Yank va s’appuyer sur l’amour de sa mère et son goût pour la musique pour déployer sa destinée.
La deuxième partie, extrêmement sombre, nous ramène en terrain plus connu, quand, devenu jeune adulte, Yank part à la recherche de son père au fin fond du Mississippi. C’est l’heure où les Noirs sont encore soumis aux caprices cruels du Ku Klux Klan. Sur fond de protest songs et de discours de Martin Luther King, le voyage va l’ébranler.
L’originalité et la force de ce roman tiennent à de nombreux facteurs. D’abord, il rapproche et compare l’expérience de la négritude dans le Sud des États-Unis et en Nouvelle-Zélande, enrichissant la compréhension que nous pouvons en avoir et notre compassion pour nos frères humains. Mais le propos d’Alan Duff n’est pas seulement politique. Avec une grande finesse psychologique, il présente aussi une large galerie de portraits authentiques et attachants. Dans la société maorie rongée par l’alcool et dominée par l’orgueil du mâle guerrier, la figure résistante de Lena, surtout, fait vibrer. L’éveil à l’amour est décrit avec beaucoup de sensibilité, de naturel et de ferveur. Stylistiquement, c’est un roman à la fois choral (les scènes de baignade, de danse, de concert, etc. montrent le groupe ou la foule comme un organisme unique et tentaculaire) et intimiste où les points de vue alternent très originalement avec empathie et justesse.
Du même auteur : L’Âme des guerriers, Les Âmes brisées et Nuit de casse (Actes Sud, trad. Pierre Furlan)

Le rêve du collectionneur, P.Furlan, Au vent des Iles


Le Rêve du collectionneur raconte deux destins antinomiques. D’un côté, l’histoire d’un inventeur néo-zélandais qui fait fortune grâce à ses inventions et à son esprit d’entreprise. De l’autre, celle de son fils, Will Bodmin, qui court d’échec en échec.
Le premier est autodidacte; le second, nourri à la psychanalyse. Artiste contrarié, Will devient art-thérapeute jungien et grand collectionneur. Surtout, il va s’évertuer à ne pas vivre, à ne pas créer et à ne pas aimer, incapable de voir que ses deux grandes quêtes, la pièce maîtresse de sa collection et la femme de sa vie, sont là, tout près de lui.
Par le biais de la collection de Will Bodmin, c’est toute l’histoire de la Nouvelle-Zélande qu’on découvre avec un plaisir étonné. C’est aussi une réflexion sur la psychanalyse, abordée par sa face jungienne, et sur le mauvais usage que certains peuvent en faire quand elle est dévoyée. Car ce qui devrait éclairer Will l’aveugle – et n’est-ce pas ce dont nous sommes tous menacés un jour ou l’autre? Et puis, surtout, il y a cette obstination chez Will à ne pas saisir le bonheur et à puiser dans les rêves un sens à une vie qui en semble dénuée.
Il y aurait beaucoup à dire sur la construction, organisation complexe mais qui ne décourage jamais, et un style qui parle à la tête comme aux sens, abreuvé très naturellement à deux cultures, la française et l’anglo-saxonne (car l’auteur est aussi traducteur, notamment de Russel Banks, de Thomas Savage et d’Alan Duff, voir ci-dessous). Orphelin dans l’âme parce que fils dédaigné d’un père narcissique à l’excès, Will restera un enfant, comme de nombreux personnages de ce roman original. C’est chez sa nièce, une des seules vraies adultes malgré son nom tiré de Peter Pan (Tinkerbell, alias Fée Clochette), que le narrateur, double de l’auteur, rassemble les lettres et les documents qui l’aident à composer la biographie impossible que nous avons sous les yeux.
Pierre Furlan fait de son anti-héros touchant un être proche, un père, un frère, un autre soi, quelqu’un qui nous chuchote : Que fais-tu de ta vie ? Tes rêves te disent-ils ce que tu crois qu’ils te disent ? Ne cours-tu pas après des chimères ? Qui aimes-tu vraiment ? Ne t’aveugles-tu pas sur le sens de tout ?
Du même auteur : L’Invasion des nuages pâles, Les Dents de lait du dragon, La Tentation américaine, L’Atelier de Barbe-Bleue (Actes Sud) et Le Violon de Soutter (Esperluète)

L'épouvantail, M.Connelly, Seuil


Malgré la fatigue qui me touche en ce moment, je suis quand même (enfin !) arrivée à la fin d'un roman : le dernier de Michael Connelly qui n'est certes pas son meilleur mais qui m'a fait passé un bon moment. Des ficelles, des clichés, des idées parfois limites (en tout cas, il m'a semblé) pour une lecture détente dont j'avais vraiment besoin.

10e anniversaire



Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, je n'ai pas disparu depuis mon dernier post, j'ai fêté les 10 ans de la librairie. Une belle fête, une super soirée qui me laisse beaucoup de traces : des (kilo)grammes en trop (encore !), une énorme fatigue mais surtout des étoiles plein la tête. Et de nouvelles envies, de nouveaux projets.
Un tout grand merci aux personnes présentes le 15 mai 2010.

dimanche 9 mai 2010

Misère à Beverly Hills

Lors de cette même balade à vélo, je suis allée à Beverly Hills : que des grosses maisons, des petits et des grand jardins... pour personne.
Sur tout le quartier : 4 enfants jouant ensemble (quand même !), une petite fille toute seule et 3 garçons regardant avec ennui leur papa bricoler dans le jardin.
Pour vivre heureux, vivons ailleurs que chez soi ?

Quelle frustration !

Quoi de plus triste qu'un taureau seul dans un champ avec deux... autres taureaux ! Rien d'autre à brouter que de l'herbe ! (triste constat que j'ai fait lors d'une balade à vélo).